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Il
y a une constance que nous retrouvons dans tout ce que le
père Lindsay a entrepris jusqu'à ce jour. Les
débuts furent toujours modestes et la progression graduelle.
Il n'aime pas brusquer les choses, ni les gens d'ailleurs.
Il tient à s'assurer que les conditions de viabilité
sont bonnes et que l'organisme est là pour rester.
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Des
débuts modestes mais prometteurs
Si
un bon matin, on avait décidé de faire une grosse
affaire, il n'y aurait peut-être pas eu de suite. Et puis,
ce n'est pas dans mon tempérament. On aurait pu parfois
aller chercher davantage de moyens, mais je ne suis pas du genre
quêteux. Je préfère laisser cela à
mes collaborateurs qui ont plus de talent que moi pour cela.
Même
s'il se dit prêt à frapper à toutes les portes,
il se définit davantage comme quelqu'un de patient que de
batailleur, préférant là aussi s'entourer de
personnes efficaces pour remplir certaines tâches.
Lorsqu'on
lui demande de parler des réalisations dont il est le plus
content, il nous entretient plutôt de la grande satisfaction
qu'il éprouve encore aujourd'hui à la vue de spectateurs
ressortant enchantés d'un concert.
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Ce
qui me procure le plus de joie, c'est lorsque l'on a de
bonnes et de belles choses à présenter et
que mes amis et le public quittent ravis et heureux. C'est
pour moi le principal stimulant. C'est pour ça que
je fais cela: rendre les autres heureux !
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F.L.
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C'est
important que les gens réalisent qu'il n'y a pas seulement
de méchantes affaires [Il fait ici allusion aux actes
de terrorisme commis la veille à New York, le 11 septembre
2001], qu'il y en a aussi de belles. Parfois ce n'est qu'après
coup qu'on le réalise, mais ce sont des choses que l'on
sent cependant. Il
est essentiel d'aimer les belles choses et de nourrir l'âme.
Embellir
la vie avec la musique
Au
fond, n'a-t-il pas voulu par son enseignement de la musique, changer
la vie, tenter de la rendre plus belle ? Le père Lindsay
est d'abord et avant tout un pédagogue pour qui les salles
de cours ont toujours été trop petites et qui a constamment
ressenti le besoin, le désir de propager son enseignement
au plus vaste auditoire possible, qu'il s'agisse des enfants, des
jeunes ou des adultes. Sa passion ne connaissant pas de limites,
son désir de partager point de frontières, il a cherché
sans répit de nouvelles voies pour répandre la musique
et, ce faisant, rendre les gens heureux.
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En
s'employant à rendre les autres heureux, il obtient
sa récompense. Voyons comment il exprimait la chose,
en 1985, lors d'une entrevue accordée à La
Presse qui vient de le nommer Personnalité
de la semaine.
Oui
! heureux. J'aime ce que je fais, j'aime beaucoup l'enseignement;
j'aime énormément la musique et je veux faire
partager cet amour. Je suis un homme heureux à faire
de la musique, à répandre la musique, à
faire faire de la musique et à organiser la musique.
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| Plus
de seize ans plus tard, le discours n'a guère changé.
Quand on lui demande aujourd'hui ce qu'il aimerait que l'on
retienne de lui, après un grand éclat de rire
et un long silence, il répond : Les gens pourraient
dire: il aimait beaucoup la musique
et les musiciens
et
les gens qui aimaient ça. Puis il ajoute: Parce
que le monde, c'est bien important ! |
Un
mariage réussi entre musique et foi
Pour
le père Lindsay, la musique n'est pas une chose qui doit
être absente des préoccupations d'un prêtre,
surtout lorsque celui-ci est Clerc de Saint-Viateur. Rappelons que
le père Querbes, le fondateur de la communauté, mettait
l'accent sur les belles cérémonies, le chant sacré,
la pratique du Beau comme devant aider à s'approcher du Seigneur.
La
musique est une des plus belles choses qui soit. En philosophie,
j'ai appris que l'Être Suprême, le Seigneur, c'est
à la fois l'Unité totale, la Vérité
totale, l'Être qui réalise la Beauté totale.
Et puis de cultiver la beauté c'est peut-être un
chemin qui mène directement à la Beauté totale.
Il
a donc l'impression qu'en aidant les gens à aimer et à
faire de la musique, il les aide à mieux vivre et à
cultiver les valeurs les plus élevées, les valeurs
spirituelles. Ces valeurs qui sont très proches des grandes
et vraies valeurs qui conduisent l'être humain vers le Seigneur.
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Il
confiait les propos suivants à une journaliste de
La Presse en 1994 : Si on répand la musique,
il me semble qu'on sélève. On ne vit
pas de la même manière si on aime la musique
et la poésie. Pour moi, sur le plan personnel ça
me permet d'atteindre des hauteurs que je n'atteindrais
pas autrement.
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Il
admet ne pas avoir réfléchi à cela en s'engageant
dans toutes ses activités musicales il y a 45 ans. Trop
pris dans le feu de l'action, il s'est laissé guider
par son instinct ou par la grâce, pourrait-on dire. Il
reste qu'il ne regrette aucunement aujourd'hui d'avoir mis toute
cette énergie dans la musique et qu'il ne voit là
aucune contradiction avec la prêtrise. |
Chercher
le visage de Dieu dans la musique
Dans
une allocution qu'il a prononcée au dîner-causerie
annuel de la Fondation René-Pageau en 1988, fernand Lindsay
raconte qu'au cours de ses études en théologie un
professeur lui avait demandé de trouver une musique qui conviendrait
pour illustrer une scène théâtrale dans laquelle
il était question du vrai visage de Dieu. En réponse
à sa demande, le jeune Lindsay lui avait fait entendre le
mouvement lent du Concerto pour violon de Brahms.
À
l'écoute de la mélodie, l'enseignant s'était
exclamé :
Voilà
le vrai visage de Dieu ! Et le père Lindsay
de continuer à l'intention de ses auditeurs : Eh
bien ! Si vous voulez savoir ce qu'est le vrai visage de Dieu,
ou quelque chose qui s'en approche, écoutez le mouvement
lent du "Concerto pour violon" de Brahms.
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Une
relève au père Lindsay ?
Lorsqu'on
pose la question de la relève au principal intéressé,
il ne semble pas trop s'en inquiéter. Il juge que le
Festival international comme le Camp musical sont bien structurés
et que sur les deux conseils d'administration siègent
des gens compétents et bien au fait des questions financières
et administratives. Il est toutefois conscient qu'il représente
toujours l'image de ces organismes et que c'est lui qui leur
a insufflé une âme en réussissant à
établir un rapport humain avec les gens.
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| Il
n'exerce plus seul la direction de ces organisations. Il y a
maintenant des gens sensibles à la musique et bien implantés
dans le milieu pour le seconder. Mais la succession est-elle
pour autant assurée ? Saura-t-on trouver chez une même
personne le charisme, la dévotion et les qualités
de leader de celui qui incarne encore la figure de ces institutions
? Pour le moment rien ne presse puisque le père Lindsay
est encore là, fidèle au poste. Mais la question
est posée. |
Ma
vie à moi, c'est la musique
Ma
vie à moi, c'est la musique, chantait Robert Charlebois
dans Ordinaire au début des années soixante-dix.
La phrase pourrait très bien s'appliquer au père Lindsay
qui, à l'écouter, serait à l'instar de Charlebois,
un gars ben ordinaire. Mais autant ne fallait-il pas trop
croire le chanteur, autant ne devons-snous pas prendre à
la lettre ces mots lorsqu'ils décrivent le père Lindsay.
Encore qu'ils ne soient pas tout à fait dénués
de fondement ! Et c'est là ce qui fascine chez le personnage.
À
lire tout ce qu'il a fait et accompli avec brio, à écouter
tout le bien qu'on dit de lui, à constater la fascination
qu'il exerce sur tout le monde, à prendre connaissance de
la liste impressionnante de prix que lui et les organismes qu'il
a fondés ont remportés, nous pourrions nous attendre,
en le rencontrant, à nous trouver devant un homme imposant,
ambitieux, fier qui ferait étalage de ses réussites
et de ses connaissances.
Il
impose le respect, soit ! Il a l'ambition de faire aimer la musique,
d'accord ! Il est fier des bons coups qu'il a réalisés,
comme d'avoir fait venir à Joliette Sir Neville Marriner
et son Academy of St.Martin in-the-Fields, il y a un peu de quoi
! Mais tout cela sans aucune prétention ni forfanterie.
Le
père Lindsay, en dépit de son grand savoir et de ses
nombreux succès, est resté un gars ben ordinaire,
humble, simple, accessible et disponible. Peut-être qu'en
réussissant cela est-il devenu un peu
extraordinaire
?

Caricature
parue dans le Joliette Journal, le 9 octobre 1985
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