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Une
année en Europe qui n'en finit plus de porter des fruits
Tout
dans ce voyage le charme, à commencer par la traversée
à bord du France en compagnie de son collègue le père
Léo-Paul Hébert, une occasion unique de voir la mer.
Et puis par cet accueil très cordial que lui réservent
ses confrères séjournant à Paris.
C'est
d'ailleurs avec l'un d'eux, le père Prévost, qu'il
entreprend le voyage en train qui va le mener de Paris à
Salzbourg en passant par la Côte d'Azur - encore la mer -
et par Milan. À son arrivée à Salzbourg, il
n'a en main aucun billet ni aucune réservation pour les concerts
auxquels il désire assister. Il a cependant entrepris des
démarches avant son départ, mais sans résultat.
Gilles
Lefebvre, le fondateur des Jeunesses musicales du Canada, lui a
suggéré d'écrire au pianiste Georg Ebert qui
réside à Salzbourg et qui est déjà venu
donner des concerts en trio au Québec afin que celui-ci lui
trouve deux, trois ou, avec beaucoup de chance, quatre billets.
Mais la réponse n'est jamais venue. Nous sommes à
quelques heures de l'ouverture du Festival et rien ne garantit que
le père Lindsay pourra réaliser son rêve
Le
choc de sa vie
Voilà
que le miracle se produit. Georg Ebert n'a pas réussi à
lui dénicher que quelques billets, il est parvenu à
lui en procurer trente, dont un pour le concert d'ouverture: La
Flûte enchantée de Mozart. Le père Lindsay
pourra donc assister à tous les concerts qu'il avait inscrits
sur cette liste idéale qu'il avait postée au pianiste
quelques mois auparavant. Trente concerts en vingt-cinq jours. Trente
moments de pur délice. Le choc de ma vie, comme il
le dira lui-même, près de quarante ans plus tard.
Et
puisque cela ne suffit pas et que le Festival Wagner à Bayreuth
est aussi au programme, pourquoi s'arrêter ? L'extraordinaire
se produit une deuxième fois ! Une annulation de dernière
minute
et le père Lindsay se retrouve en possession
de six places pour les sept concerts du Festival. Fait à
noter, les billets pour ces deux prestigieux festivals sont vendus
deux à trois ans à l'avance.
Pendant
quelques jours, il baignera dans l'univers Wagnérien en se
laissant éblouir par les Maîtres chanteurs,
Parsifal et la Tétralogie, ce cycle dramatique
de quatre ouvrages comprenant L'Or du Rhin, La Walkyrie, Siegfried
et Le Crépuscule des dieux dont les représentations
ont lieu dans le théâtre (Festspielhaus) inauguré
à Bayreuth en 1876 et spécialement conçu à
la demande du compositeur pour y présenter cette uvre
géante.
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J'ai
vécu là une expérience unique et majeure
[
] Il y a une force inouïe dans la musique
de Wagner (il se met à décrire cette musique
d'opéra) [
] Juste pour vous montrer quel genre
de public fréquente ce festival, je vous raconte deux
petites anecdotes. Je commençais à apprendre
l'allemand et, pendant l'entracte, afin de pratiquer, j'essayais
de lier la conversation avec mon voisin ou ma voisine.
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Un
soir, j'étais assis à côté d'un
monsieur d'un certain âge qui semblait très
bien connaître l'uvre au programme. Je lui ai
parlé et il m'a confié qu'il avait entendu
ici " La Walkyrie" une centaine de fois et
" Le Crépuscule des dieux" une soixantaine
de fois
Quelques jours plus tard, je m'entretiens
avec ma voisine - qui s'avère être française
qui me raconte qu'elle passait toute la durée
du Festival ici - elle réentendait donc 4 ou 5 fois
le même opéra et qu'elle avait fait
la même chose l'année précédente.
Alors je lui demande si elle ne désire pas se rendre
plutôt dans un autre festival et voilà qu'elle
me répond: "J'aime trop Wagner pour aller voir
ailleurs".
F.L.
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Près
de 50 concerts en 2 mois
S'il
n'a souffert d'aucune indigestion suite à ces séries
de concerts, c'est qu'il était bien préparé.
Il avait écouté beaucoup de musique, lu considérablement
et il s'assurait, avant chaque opéra, - c'était la
première fois qu'il assistait à de telles représentations
- de bien connaître l'uvre et d'avoir consulté
attentivement le livret et le programme.
C'est
au cours de cet été de musique qu'il prend d'ailleurs
goût à la voix en entendant et en voyant soir après
soir ce qu'il croyait être alors les plus grands noms de l'époque.
Avec le temps, il réalise qu'il s'agissait plutôt des
plus grands chanteurs et chanteuses du siècle interprétant
leurs plus grands rôles.
C'est
ainsi qu'il entend Élisabeth Schwartzkopf dans Cosi Fan
Tutte de Mozart, dans Le Chevalier à la rose de
Strauss et lors d'un récital de lieder de Hugo Wolf ainsi
que Leontyne Price dans Il trovatore de Verdi. Et pendant
que ces grandes interprètes sont sur la scène, ce
n'est nul autre que Herbert von Karajan qui dirige l'Orchestre de
Vienne dans la fosse.
Mais
après Salzbourg et Bayreuth, la tournée de festivals
et de concerts n'est pas terminée. Il se rendra à
Munich et à Vienne avant de regagner Paris. En deux mois,
le père Lindsay assistera à près de 50 concerts.
Il n'aura plus l'occasion de revivre une telle expérience.
Bien sûr, il y aura d'autres très beaux moments musicaux,
mais jamais une telle concentration.
Tout
le reste de ma vie a été nourri de ces deux mois-là.
Seulement de penser à ce que j'ai vécu là
me rappelle toute une atmosphère. Je n'ai pas besoin de
réécouter cette musique entendue en cet été
1963 pour que cela me nourrisse. Le souvenir est resté
gravé
F.L.
Le
père Lindsay et les Churs de Saint-Eustache
Les
mois d'été ont été bien remplis, mais
le séjour à Paris ne se termine pas là. Le
père Lindsay logera chez les Prêtres de l'Oratoire
qui s'occupent de l'église de la paroisse Saint-Eustache
en plein cur de la ville.
À
peine est-il arrivé que le directeur des célèbres
Churs de Saint-Eustache, le Père Émile Martin,
l'invite à se joindre à la chorale. Il sait lire la
musique, il sait chanter, il passera donc l'audition et participera
aux répétitions hebdomadaires en vue des concerts
que la formation donne dans l'église en compagnie d'ensembles
comme L'Orchestre Lamoureux. En plus des concerts, le Chur
chante la grand-messe de onze heures.
Le
père Lindsay qui s'est promis en arrivant à Paris
d'assister à la messe à chaque dimanche dans une église
différente - il désire visiter de nouveaux lieux et
entendre le plus d'organistes possible -, change rapidement d'idée
après son premier dimanche à Saint-Eustache.
Il
arrive à l'église, on lui remet sa partition et aussitôt
la messe commence. Il chante donc une musique qu'il n'a jamais interprétée.
Il trouve cette manière de faire si extraordinaire - lire
à première vue - qu'il devient incapable d'aller ailleurs.
J'étais
curieux de savoir ce que nous allions chanter le dimanche suivant
et j'éprouvais un tel plaisir de chanter à première
vue un répertoire différent à chaque semaine
que je n'ai jamais regretté les autres paroisses. Et puis,
c'était tellement agréable d'être accompagné
par un organiste comme Jean Guilloux et de pouvoir interpréter
de grandes uvres comme le "Requiem" de Fauré,
la "Messe en si" et la "Passion selon saint Jean"
de Jean-Sébastien Bach.
F.L.
Pendant
un an, le père Lindsay sera littéralement plongé
dans un bain de culture: études, théâtre, concerts,
musique, rencontres avec des personnalités et
quelques
belles découvertes culinaires - une autre passion qui s'est
développée avec les années -.
Semence
d'un festival d'été
Le
passage à Salzbourg et Bayreuth est marquant. Il laisse des
traces chez cet homme de trente-cinq ans passionné de musique
qui s'occupe déjà à Joliette d'activités
telles les Jeunesses musicales dont il est le directeur depuis 1957.
Au
cours de son été de concerts, la plupart du temps
seul, il prend du temps pour réfléchir. Et si
Et si c'était possible d'organiser à Joliette durant
l'été des concerts qui continueraient en quelque sorte
la saison des Jeunesses musicales ! Il tourne l'idée
dans sa tête...
Joliette
possède une tradition musicale, elle est située
à proximité de Montréal et de Trois-Rivières,
les routes sont belles
Et puis Salzbourg ce n'est
pas Vienne et Bayreuth ce n'est pas Munich, ce sont des villes
de grandeur moyenne où les gens viennent parce qu'elles
ont de belles choses à offrir. Pourquoi pas Joliette ?
Tous les rêves sont donc permis. Il ne reste qu'un
seul obstacle: la ville ne possède aucune salle climatisée
pour recevoir le public durant la chaude saison.
F.L.
Le
père Lindsay est patient et il attendra 12 ans avant que
naisse l'embryon de ce qui allait devenir le Festival international
de Lanaudière. Douze ans de gestation tranquille avant
que les conditions gagnantes ne soient réunies, comme
il le dit lui-même.
Pour
le moment, retour à la vie normale: le professeur continuera
à enseigner et l'animateur à s'occuper d'activités
musicales.
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Malgré
l'effervescence qu'il a connue en Europe, le père Lindsay
est content de revenir à Joliette, content de retrouver
la classe et ses élèves, heureux de reprendre
les activités et les organisations musicales qu'il
avait dû abandonner au cours de la dernière année.
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